Ritchie Dagonia : quatre séries de paysages autour de Marseille
Je suis Ritchie Dagonia, 41 ans, photographe amateur de paysages à Marseille. Voici les quatre séries sur lesquelles je travaille en ce moment. Je les décris ici avec des mots ; les images viendront prendre place au fil des saisons, quand j'estimerai qu'elles tiennent debout. Chaque série est un fil que je tire depuis des mois, parfois des années, sans savoir exactement où il mène.
Ciel lavé
Intention
Photographier ce que le mistral laisse derrière lui. Après deux ou trois jours de vent, l'air devient d'une transparence presque irréelle : les reliefs lointains semblent à portée de main, les ombres tombent comme des lames. Je veux garder cette netteté-là, qui n'existe nulle part ailleurs à ce degré, et l'assumer jusque dans ses excès : contrastes durs, ciels d'un bleu saturé, calcaire brûlant de blancheur.
Conditions
Toujours en fin de mistral, le matin, quand le soleil est encore bas et rasant. Je pars avant le lever du jour, je marche jusqu'à un point haut, et j'attends que la lumière descende sur les parois. Grand-angle surtout, diaphragme fermé, trépied indispensable parce que le vent ne pardonne pas la main levée.
Ce que j'en retiens
Que la lumière la plus belle est aussi la plus difficile à cadrer. Une image trop nette devient froide ; il faut y laisser un peu d'ombre pour qu'elle respire.
Lumière de sept heures.
Heure bleue
Intention
La Méditerranée juste après le coucher du soleil, quand le ciel et la mer prennent la même teinte et que l'horizon s'efface presque. Cette série cherche la douceur, l'absence de direction de la lumière, un état de suspension entre le jour et la nuit.
Conditions
Les soirs sans vent, de préférence en hiver ou au début du printemps, quand la nuit tombe assez tôt pour que je puisse y être après mon travail. Poses longues sur trépied, de quelques secondes à plus d'une minute, pour lisser la surface de l'eau. Je reste jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de lumière du tout, puis je redescends à la lampe frontale.
Ce que j'en retiens
La patience, encore. Et l'idée que l'image la plus intéressante arrive souvent après celle que j'étais venu chercher, au moment où je crois que c'est fini.
Jour de mistral.
Calcaire
Intention
Une série entièrement en noir et blanc, consacrée aux roches des calanques : leurs plis, leurs fractures, la façon dont la lumière révèle ou efface leur grain. Sans la couleur, la pierre devient une matière presque abstraite, et c'est cette abstraction qui m'intéresse.
Conditions
Lumière latérale, tôt le matin ou tard l'après-midi, jamais à midi. Focale plus longue pour isoler un fragment de paroi, cadrages serrés, aucune ligne d'horizon. Je cherche des surfaces plutôt que des vues, des textures plutôt que des lieux. C'est la série où je marche le plus, souvent hors des sentiers évidents, pour trouver un morceau de roche que personne ne regarde.
Ce que j'en retiens
Que le noir et blanc n'est pas un filtre mais une décision, prise dès la prise de vue. Et que la pierre, si on la regarde assez longtemps, cesse d'être immobile.
Heure bleue.
Lignes d'eau
Intention
L'horizon, rien que l'horizon. Cette série réduit le paysage à sa plus simple expression : une ligne entre la mer et le ciel, parfois un bateau, parfois un rocher, souvent rien. Je veux voir jusqu'où on peut enlever avant que l'image ne disparaisse.
Conditions
Toutes saisons, toutes heures, à condition que le ciel ait une matière : brume, nuages bas, gris uniforme. Le beau temps franc ne convient pas ici. Poses longues ou courtes selon l'état de la mer. Composition très stricte, horizon placé avec soin, souvent au centre, ce que l'on apprend à ne jamais faire et que je fais quand même.
Ce que j'en retiens
Le vide n'est pas l'absence de sujet. C'est un sujet à part entière, et le plus exigeant de tous : quand il n'y a rien, chaque détail compte.